La peur est le sentiment qui m'assaille depuis le dernier 13 novembre, jour de drame, jour de merde, jour de carnage. Le day of thunder résonne beaucoup plus fort, c'est ainsi que je le ressens du moins. J'ai tourné sept fois la lampe dans mon moi, et n'y ai trouvé que de la peur. 

Il y a eu la fanfaronnade créatrice d'une confiance jamais venue: "même pas mal, soyons debouts ".

Il y a le rire, il est déjà revenu, un peu nerveux, un peu hystérique, presqu'un spasme crispé.

Il y a eu, et il y aura encore longtemps les larmes, l'idée du sang fumant et des corps perforés par la maladie mentale de crétins barbares.

Tout le temps la peur, telle qu'elle éclot lorsqu'on accouche de son enfant, comme lorsqu'on découvre la ténue prise de la vie sur nos êtres charnels, la peur qu'un coup de feu, un coup de rien nous arrache ceux qu'on aime, qu'on leur fasse du mal. La peur éternelle à laquelle il faudra se résigner, trouver un petit endroit pour la loger, en tentant de la maintenir à distance pudique. Lapeur, la pétoche toujours chevillées, dans un coin de l'inconscient. Un sentiment stérile, bas et vilement suscité. Une pression si facile, un chantage primitif jamais élevé, jamais transcendé. 

Oui j'ai peur de ton arme à feu, qui ne sert qu'à transpercer des dizaines de gens à la fois.

Qui a inventé cela? Qui est celui qui a réussi à laisser penser au monde que la solution à la mort était la mort mécaniquement commandée? Qui a su faire croire que l'arme à feu puisse être à un seul instant légitime, juste??