En ce moment, je suis en vacances. Jusqu'au 20 aout.  

C'est à dire que jusqu'au 20 aout je suis sensée plier mon mémoire pour obtenir un p#%¥# de diplôme qui va me permettre non pas de progresser dans mon boulot (ct'e blague), ni de prétendre à une augmentation de salaire (re-ct'e blague), mais juste à ...quoi déjà? Haheu, à être reconnue officiellement. Wooo...

Et en réalité, on va pas se mentir, ça me prend VRAIMENT la tête. Pour un tas de raisons, qu'objectivement je ne peux même pas trouver foireuses. Je bouffe de la théorie alors que je la mets en pratique depuis quinze ans, mais c'est de la théorie qu'on me demande au diplôme. Je bosse auprès des enfants depuis quinze ans, tout va bien merci, sauf qu'il me manque le titre, pour faire simple. Et pour obtenir ce titre, je dois passer par la case théorie. Diplôme qui me permettra donc d'être légitimement employée à faire ce que je fais depuis quinze ans. (Légalement, j'ai le droit, légitimement, je ne suis pas dans les clous). Sauf que sincèrement, c'est pas DÉBILE comme concept?

On va prendre un exemple parlant: une nana qui travaille dans une crèche de bambinous, qui y est entrée à une époque où il n'y avait pas de condition de diplôme, et qui se trouve obligée de passer ce diplôme pour continuer d'exercer (ici c'est différent, elle ne peut pas faire autrement). Donc on demande à cette nana, qui s'occupe des bébés depuis des lustres, de retourner apprendre des choses destinées à être mises en pratique, en principe. En principe, parce qu'elle les pratique au quotidien, ces choses.

Mais est-ce que ce n'est pas à la limite supérieure du summum de la connerie? 

Je veux pas tenir le discours anti-études, elles sont indispensables, utiles, elles policent l'esprit, nourrissent l'Homme, je suis d'accord à 2000%. Ce qui me sort des trous de nez, c'est qu'elles sont, et deviennent de plus en plus nécéssaires à la pratique d'une activité professionnelle. Ouiiiiiii, des études de médecine sont impératives pour devenir médecin, d'ac-cord. 

Mais (attention, on s'approche du noeud du problème) quand on exerce dans le milieu scolaire, que tout va bien merci, qu'on a formé des tonnes de gosses positivement, et que sous prétexte qu'on ne possède pas le diplôme X niveau Y on risque de se faire bouler au profit d'un joli petit étudiant tout neuf, tout frais éclos de l'IUFM, qui n'a jamais encore croisé une salle de classe remplie de mômes de sa vie, je crie Merde (hashtag vulgarité). 

Donc aujourd'hui, coup de gueule. Plus le concours d'enseignant se spécifie, plus le niveau augmente, plus ça me met en colère. Je ne discute pas une seconde la bonne volonté des gens qui le présentent, ni leur efficacité à venir. Mais je ne comprends pas, je ne comprends tout bonnement PAS comment on peut balancer dans des classes des gens qui n'ont jamais pratiqué. Oui, il faut bien qu'ils débutent..mais ce serait peut-être bien de les former avant, non? Ce serait bien aussi qu'arrivant dans le métier, la première préoccupation ne soit pas "ne pas être nommée trop loin de chez moi" "ne pas tomber dans les quartiers de cas sociaux". Parce que sincèrement, sincèrement, je n'ai pas souvent entendu "pas grave si je passe quatre ans au bout de l'académie (le mouvement du 1er degré -écoles- est académique, donc ça reste restreint), le principal est de vivre ma vocation". Ou "enseigner à un public difficile? Ça ne peut être qu'enrichissant, il vaut mieux que je vive ça en début de carrière, j'ai de l'énergie à revendre". SÉRIEUSEMENT?

 

Je vais pas jouer les pouffes réactionnaires, ni cracher sur toute l'éducation nationale, mais pour avoir le pif dedans, pour voir partir des collègues parce qu'ils présentent une lacune en matière de formation théorique, des collègues qui ont fait leurs pu#%* de preuves avec succès, pour voir arriver tellement de néo-spécialistes, titulaires d'un master d'histoire-géo plastronné sur la poitrine la ramener en disant que telle classe est "infernale" (mais où t'as vu que cinq ans d'études en histoire faisaient de toi un ponte, bordel?? Nonobstant, ça te permet de traiter des ados comme des galériens insoumis sur lesquels tu n'arrives plus à prendre le dessus au bout de 3ans d'activité??), la ségrégation entre stagiaires et titulaire, entre certifiés et agrégés, je trouve qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Est ce qu'un enfant de CM1 a besoin que son enseignant ait fini 1er de son amphi de fac? Qu'il soit spécialiste des logarythmes népériens, de l'emploi du supin, de la reprise anaphorique chez Flaubert, ou qu'il soit en mesure d'expliquer le pluriel des mots aux enfants? Qu'est ce qui est important, c'est que les enseignants soient des éléments brillants, ou qu'ils éduquent et instruisent les enfants? Parce que si ce n'est pas antinomique, ce n'est pas forcément complémentaire.

Dieu (tiens, salut, ça va toi?) sait qu'il y a des enseignants formidables, extraordinaires, des pédagogues en puissance, des instructeurs-nés, j'en côtoie, et c'est un bonheur pour les enfants. Mais de manière générale, considérant la foule qui va aller grossir les chiffres de l'educ nat', les annales du concours qui devient inaccessible pour des gens qui souhaitent se recycler,  je reste en colère. L'éducation des générations futures, c'est tout de même ce qu'il y a de plus précieux..

 

Voilà, bonsoiiiir, j'ai trois semaines pour finir mon mémoire et je m'énerve parce que j'ai dépassé la dead-line dans les grandes largeurs et que je commence à avoir des *sueurs froides* terriblement justifiées.

Normal.

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