imageÇa commence par un divertissement a priori simple, populaire: aller voir le traditionnel feu d'artifice du 14 juillet, sur la Croisette, entourée de 200 000 personnes, en bons français qui se respecte, aurais-je tendance à ajouter.

Ça pourrait être: un stade de foot, un concert, la victoire de la France aux championnats du monde de plantage de clous, au bal de fin d'année..ça pourrait arriver à beaucoup d'endroits différents. Ça arrive dans plein d'endroits différents.

Ça commence toujours par la même addition d'ingrédients: des gens, plein de gens, qui regardent tous dans la même direction, de la musique, une certaine décontraction dans l'ambiance (c'est pour cela que ça n'arrive pas quand je travaille, hein).

Au début, je suis juste contente d'être là parmi mes semblables.

Un peu bêbête, hein, genre la fille naïvement contente, sourire limite (heu non, pas toujours limite, parfois c'est: carrément) niais accroché aux deux oreilles. Ensuite, assez rapidement s'il y a de la musique, un peu moins rapidement mais inévitablement quand même s'il n'y en a pas, je ressens une sorte de fusion avec la joie alentour, ou l'espoir alentour, ou la liesse alentour, ou les trois à la fois. Comme j'ai ce truc en moi, je me dis "ooh c'est beau, cette énergie collective, c'est comme si l'humanité communiait" (c'est la chose qui m'emplit: l'idée de communion). 

Là, c'est le moment où je devrais en toute raison et/ou dignité songer à me retirer. Mais cette espèce de magie de "l'union fait la force" m'aspire complètement, je me mets à penser des trucs comme  "quand même, la révolution, c'était quelque chose" "la paix dans le monde" "Vive Nelson Mandela" "les gens sont gentils" "prendre un enfant par la main" "qu'est ce qui pourrait sauver l'amour" "il suffirait qu'on s'aime" "Laziza, danse avec moi"  je suis pleine d'amour, trouve le monde le meilleur possible, qu'on est tous sur Terre pour s'aimer, putain, c'est beau la vie, oui, ce papier gras sur le sol est joli, ce lampadaire est joli, ce cabot en train de faire un frottis-branlette sur ma jambe droite est joli, on est tous frères, liberté, peace and love, "JE VOUS AIME TOUUUUUS". Limite je me jette sur le premier arbre qui passe (enfin, on se comprend) pour lui feuler mon amour et ma reconnaissance envers mère Nature.  Et  comme vous l'aurez deviné, je finis (enfin, finir, c'est vite dit, vu qu'il est souvent tôt dans l'histoire) par PLEURER COMME UN VEAU parce que trop d'émotion, trop de fraternité, tout ça.

14 juillet, j'ai pleuré pendant le feu d'artifice pendant que passait Asimbonanga. TOUT VA BIEN, TOUT VA BIIIIIIIIEN.

Même pas bourrée.

C'est un peu mon fil psychiatrique ici, hein, ne vous étonnez plus.

Après, quand ce flot est passé, je rentre normalement chez moi, c'est à dire en traitant normalement de connard la personne qui m'a marché sur le pied, parce qu'être frères, c'est beau, mais avoir mal au pied ça fait quand même super chier, sans dec'.