Une fois n'est pas costume (vous avez compris? Vous avez compriiiiiis le jeu de mots tellement subtil?), je voudrais parler de mode et d'éthique. 

Je pousse assez souvent des cris de colère citoyenne et engage des révoltes anti-société-de-sur-consommation,  fout le feu à ma penderie (nan je déconne), bref, je fais ma rebelle anti mondialisation mais force est de constater que 1) mon public se compose essentiellement d'une casserole bouillant sur une plaque de cuisson (parfois d'un homme qui passe la tête pour demander "à quelle heure on bouffe?") (un peu restreint, donc) et 2) ma zone d'influence s'étend du mur de ma cuisine au couloir de l'entrée (restreint 2). Donc mes petites insurrections sont, ben, complètement stériles, voilà.

Je m'efforce d'acheter avec un maximum de conscience citoyenne: par principe, je n'achète pas de tee shirt dont l'étiquette m'évoque des usines polluées et polluantes, des conditions de travail inhumaines, et j'essaie vraiment de rester dans une fourchette raisonnable... La mode est une passion, mais l'idée de porter une sape une seule saison, qu'elle sera dépassée ensuite, ou ne tiendra pas la durée parce qu'elle a été cousue par un pauvre hère payé 50cts d'anciens francs, psychologiquement, c'est simple: je peux pas. 

Bien sûr, je vais chez Zara, je ne vis pas dans une grotte en cardant le coton de mes pantalons (tiens, quelle idée). Oui, il m'arrive de craquer pour un modèle cool et pas trop cher..mais c'est rare, je reste attentive. En vrai, pas en théorie.

En regardant Yves Calvi (en bonne intello de gauche révoltée par tant de gaspillage) (mais demain y a les soldes, alors bon..) (tout ceci étant à prendre au 38eme degré) , qui consacrait son C dans l'air à l'industrie textile, suite à l'effondrement d'un bâtiment abritant une fabrique de vêtements qui a causé des morts, je me suis un peu mise en colère.

Dans un reportage, une nana, interrogée à la sortie d'un temple de la consommation textile, disait "oui, c'est atroce ce qui est arrivé..-sincèrement dépitée, hein, je dis pas-. Mais moi je regarde mon porte-monnaie.". Et les invités de défendre ce point de vue du consommateur dans un pays en crise, obligé de s'habiller made in Bangladesh..

LÀ, JE CRIE. I SCREAM. 

Ça s'appelle: une fausse évidence. Ça s'appelle: une sale excuse. Parce que quand on est vraiment dans le besoin (et j'ai pu l'être, aussi), on ne va PAS chez Zara (j'ai rien contre Zara, c'est un exemple comme un autre). On va dans ces chaînes lorsqu'on veut s'habiller mode, pas cher, et en quantité. Pour assouvir une envie de suivre la tendance, pas pour parer au besoin d'être habillé. 

Lorsqu'on n'a vraiment pas d'argent, on ne met pas 10€ dans un tee shirt* qui va lâcher au bout de 2 lavages. Tous ceux qui galèrent réellement connaissent les options qu'il y a: les vides greniers, emmaus, les friperies, les kilos shop. Là où ils peuvent vraiment s'habiller pas cher. Un pauvre n'a pas les moyens d'acheter de la mauvaise qualité. Et une mère de famille qui compte vraiment ses euros ne craquera pas trois fois par mois pour un tee shirt clouté, une chemise en voile fluo, ou des baskets vert amande "à la mode". 

Et je trouve absolument dégueulasse de maquiller son souci d'être futile sous un vernis d'économie. C'est pas la même chose. Il faut avoir l'honnêteté de reconnaitre cela "oui, j'ai envie de renouveller ma garde robe à moindre frais, alors j'achète pas cher".

C'est un point de vue très personnel, mais je trouve cette attitude malhonnête. C'est pas joli.

On n'est JAMAIS obligé de nourir ces circuits là, et laisser penser qu'on n'a aucun autre choix, c'est se moquer des gens qui galèrent vraiment. Faut assumer ses envies de consumérisme échevelé. Son intêret pour le renouvellement plutôt que pour la qualité. C'est pas un drame d'avoir cette sincérité là, même si "éthiquement" ça pèse lourd dans la manière dont le monde tourne.

On ne peut pas pleurer sur le sort de l'économie française et se saper made in Payolle (non, ça n'existe pas). On ne peut pas déplorer que le monde aille à vau l'eau et dépenser 70€ par mois (ahhem, n'est ce pas..) dans des entreprises qui broient l'humain au quotidien.

Encore une fois,ce n'est pas un jugement: chacun effectue ses choix selon ses priorités, selon sa propre politique de consommation. Ce qui reste important, c'est d'être sincère dans sa démarche. (Par exemple, moi, en sortant de Zara, je me dis "ah, t'es fière, pauvre conne?". Par exemple).

Quelques liens pour celles et ceux qui seraient intéressés:

http://www.made-in-ethic.com/index.php

http://www.vedura.fr/economie/consommation-responsable

http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/le-guide-du-textile-ethique-104786

 

*dans ce type de grande enseigne, le "pas cher" est très relatif..10€ le tee shirt c'est pas du tout un repère.