Ce titre ne dira strictement rien aux personnes ne connaissant pas les Gipsy King, et leur Djobi-Djoba d'anthologie. Un morceau qui rend complètement fou au point que n'importe qui veut soudainement posséder un instrument à cordes, fût-il celui de Fifrelin, le neveu de 4 ans, fût-il une brosse à cheveux en poils de sanglier, fût-il directement la tête de sa voisine avec les cheveux en guise de cordes, et tout le monde a envie de crier Djobidjobi, djobidjoba (richesse de la langue espagnole n'est ce pas) en faisant lélélélélé.

Pourquoi je dis ça. Parce que je vais vous parler de yoga, et en me relisant je m'aperçois qu'il n'y a aucun lien, sauf si on se place du point de vue de Lucrèce, pour qui toutes choses sont intrinsèquement liées, mais en attendant, cela ne parvient pas à faire avancer la discussion d'un iota. 

Donc un jour où j'en pouvais plus d'être inactive (=bon en réalité cela m'a pris un peu comme une envie de pisser, si vous me passez l'expression), stressée, tendue, les nerfs en pelote (si on y réfléchit, les nerfs en pelote c'est quand même le contraire de tendu, non? Vous imaginez la bagarre intérieure) d'humeur grouchi-groucha, j'ai poussé la lourde porte du studio de yoga. Plus précisément, j'ai poussé la lourde porte ET me la suis prise dans les dents, vu qu'elle était fermée de l'intérieur. 

Au bout de quelques instants (une demie heure, j'apprendrais ainsi qu'il n'est pas nécéssaire de se présenter quinze minutes avant les cours, on n'est pas chez le docteur) je me retrouve dans un local objectivement sublime, décoré selon les principes feng-shui (qu'on prononce foungue- choï, allez comprendre), une immense salle pleine de miroirs, parquetée, calme, etc. Alors que j'étais apparement plantée là les bras ballants à halluciner sur le loyer potentiel des lieux, à évaluer les charges cosmiques, combien fallait-il avoir d'élèves par cours pour que ce soit rentable, et combien font le taux d'amortissement moyen cumulé avec la loi Scellier multiplié par le coefficient d'occupation des sols putain je me boirais bien un maté, moi, breeeef, encore une fois totalement dans le mood de la méditation, on m'a poussée vers le vestiaire, hyyyyyyper beau, tout noir, ardoise, lumières sourdes, tellement on voit pas bien que limite on habille sa voisine par erreur, ensuite direction: le cours.

Déjà: on enlève ses chaussettes (mouais..sur le moment j'étais consternée parce que j'avais pas encore opté pour une pédicure d'été, donc ça m'a fait bloquer sur mes petons) (oui, ça change de mon nombril, c'est vrai).

Ensuite le cours commence "Joignez vos mains". Immédiatement, naturellement, à ce genre d'appel j'ai eu envie de: partir en courant. Ah moi je prie pas, non, sauf quand c'est l'Euromillions madame, ou alors je prie pour ma collègue, cette vipère frelatée, prenne dix kilos sur le cul en l'espace d'une nuit, en récompense pour sa vilenie. Faut cibler les priorités dans la vie.

Donc, je la boucle et je prie. En chantant Oooommmm. Là, j'ai un truc d'enfer, pour tous les impies de la terre qui refusent de prier un mot qu'ils ne maîtrisent pas: il suffit d'imaginer qu'on chante "Hommmmmmmmeees", et pfiou, tout devient simple. Après que les autres participants m'aient baillonnée parce que je hurlais "Homme! Homme!" comme une possédée (moi je dis: faudrait savoir, hein, on y va franco ou pas), on a commencé à enchaîner les postures. 

Beaucoup de travail physique. Beaucoup de lâcher prise aussi, voire d'abnégation (=les genoux sur les oreilles, esthétiquement, c'est bof bof) (cela étant, j'avais jamais vu mon cul d'aussi près) (ni mimé le coït avec un tapis) (ça s'appelle Vinyasa, et c'est très bon pour la colonne vertébrale). J'ai pris plein de poses difficiles, la chandelle, le lotus, appris à respirer, compris que l'équilibre était le garant d'une bonne pratique.

Ensuite, j'ai pleuré des larmes de sang pendant trois jours tellement j'ai eu des courbatures terribles. Là, les gars, je pèse mes mots, j'ai douillé comme une folle, et j'ai même pas pu montrer à l'Om de ma vie l'histoire des genoux derrière les oreilles, ça avait l'air de drôlement l'intéresser, dommage. J'ai même pas pu me plaindre tellement j'étais fourbue.

Ce n'est pas tant l'énergie physique dépensée, ni les muscles sollicités, (parce qu'entre la danse et le pilates,  je suis tout sauf rouillée) qui m'ont causé du mal, j'ai l'impression que c'est beaucoup plus profond que ça: genre mes organes ont étépuissamment  chamboulés. Au Pilates il y a un exercice nommé "stomach massage", et bien là, je crois que c'est tout mon corps qui a été remué, limite passé à l'essoreuse à salade. Je vais peut-être prêter à sourire, mais j'arrête pas de faire pipi depuis, bizarre hein? 

Voilà. Il y aurait encore tant de choses à dire sur le yoga, que je ne manquerai pas de venir raconter (croyiez vous en sortir comme ça hein!) mais présentement je vais décliner si je ne déjeune pas.

Hasta luego, comme disent les Gipsy King.