Ouais, je trouverais un titre digne de ce nom le jour où j'aurais une humeur digne de ce nom, donc en attendant ce jour dont l'avant veille n'est pas prévue pour la semaine prochaine, ça fera l'affaire.

 D'un point de vue strictement factuel, dans une hypothèse objectivement impartiale, stricto sensu, même, globalement, en ce moment, ce n'est pas le jour de gloire. (Arte est en train de me sussurer des douceurs historiques -Frieda succombe au charme d'un soldat allemand qu'elle ne reverra plus. La séduction allemande touche même les enfants "moi j'ai un souvenir des chevaux et des bottes, ils nous semblaient beaux" , mais qu'est ce qu'ils racontent, nomde#- sur fond de piano discordant, c'est magnifique, oui, lorsque comme moi on hésite à se pendre ou à aller se pieuter). 

Non, soyons clairs, c'est la débandade, tout fout l'camp, ou prou. C'est Noël et Poupoune veut un Mac, ou un frère, ou vingt mille balles (une pute, aussi, tant qu'on y est?). Chéri ne veut rien, et surtout, il ne veut pas que je choisisse mon cadeau. Ou plutôt, si, j'ai le choix dans une liste qui comporte "quelques" interdits:

"-pas de chaussures

-pas de sac

-pas d'animal mort (une fourrure on dit une fourrure)

-pas de parfum (=" t'en as". Oui, j'en ai parce que j'en mets. Dingue, non)

-pas de fringues (= "t'en as trop". Oui, parce que je me change, trop peut-être, mais après tout vaut mieux changer de fringues que de couleur de cheveux, si on va par là, ou par ici)

-non, j'ai dit PAS de chaussures , j'ai quand même la mémoire de quatre lignes ma doudou

-me prends pas pour un con, les Susanna de Chloé sont des chaussures, je le sais".

Donc, si on déduit le nombre de choses funky figurant dans la liste des Interdits noëlistiques, l'impossibilité pour moi d'envisager de demander comme Poupoune (un bébé) (pourtant, l'idée d'un cadeau commun aurait pu séduire Picsou Époux au delà de toute espérance) j'ai bien compris, dans sa nudité impudique et vulgaire apparaît, même pas drapée dans un papier de soie ostensiblement baroque, la dernière des offrandes qu'une femme aussi dépourvue de distinction ou d'élégance souhaiterait découvrir au pied du sapin, qui serait, au choix:

-un abonnement à l'Équipe (oh, vous pouvez vous gausser, une année j'ai eu une Playstation et Fifa 2001, et quand je lui ai jeté à la gueule -j'aimais pas trop ce cadeau-, il m'a répondu "tu n'es jamais contente, viens, cadeau-joli, je vais m'occuper de toi).

-un blendeur, une poële à chandeleur, une centrale vapeur (ahh, quel humour, ce mec!)

- un livre (Francoscopie, par exemple. Non, je ne plaisante pas, oui, je l'ai déjà eu en cadeau, non, je n'ai toujours pas compris si c'était un gag, oui, il l'a lu et a trouvé cela enrichissant. Ah.)

- ou: rien.

Vous aurez compris, mon envie de me plaindre est paroxytique. J'en ai réellement marre en ce moment. Le boulot me rend chèvre. Mes obligations me prennent le chou. Le loup est dans la bergerie. Y'a même plus de bagarre à l'ump pour me rassurer sur l'idée que ce peut être pire ailleurs. Je deviens instable, mon coeur passe sa journée à osciller entre sapin artificiel et sapin en bois d'arbre. Entre démissionner et foutre la table pieds par dessus la tête de la première grognasse que je croise. J'ai envie de tout quitter pour vendre des tongs à Tulum. J'ai envie de me retirer en Crête. Tout plein de gens (surtout des filles) accouchent. Plein de bébés partout. Poupoune est allé aux urgences (trois fois rien, juste le foie de ses parents au court bouillon) pour cause de rugby-ouf-ball dans l'entrée. J'ai l'impression qu'une voix s'élève en moi, il faut que j'y prête l'oreille, je ne peux pas l'ignorer..je me concentre...que dit cette voix?

 

"Allez, dans trois semaines c'est la fin du monde, te casse pas le nini à te poser des questions!".

Sage, cette voix.