Attention, cet article n'est ni léger ni futile, cela arrive de temps en temps..

Je me suis posé la question assez longuement de savoir si j'allais poster ou non un billet "engagé" (respirez, il n'est pas question non plus de changer la face du monde)..cela correspond à des convictions qui résonnent très fort en moi, aussi je prends ce "risque" d'apparaître assez inflammable, selon la cause.

Au menu de l'actu, il y a eu deux évenements assez médiatiques ce week-end, l'info a tourné en boucle, difficile d'y échapper.

D'une part, des manifestantes ont été violemment prises à partie et battues lors d'une manifestation en faveur du "mariage pour tous". Des vidéos très brutales ont été montrées, des scènes de bagarre assez peu fréquentes pour qu'elles me sautent vraiment à la gueule.

Il était question du droit des homosexuels à s'unir devant monsieur le maire. Qu'on soit pour, qu'on soit contre, pour moi là ne se situe pas le problème (ok: pour moi ce genre de question ne devrait même pas avoir lieu d'exister, je trouve l'amour entre gens très naturel, et je me fiche bien de savoir s'il s'agit d'hommes, de femmes, d'hommes entre eux, de femmes entre elles..que les gens puissent s'unir s'ils le souhaitent, c'est aussi simple que ça. Ça devrait. Pour l'instant ça échauffe les esprits, mais je ne vois pas, encore une fois, à qui cela fait de l'ombre. Enfin passons). D'une question sociale, "juste" sociale, on a vu s'engendrer d'autres formes de questionnements d'ordre moral, d'ordre religieux, qui ont emmené la cause sur un territoire tout autre, bien plus prompt à flamber. On a déplacé un simple souci d'ouverture de droits vers une zone de jugement (de mœurs, de choix de vie, de conduite à tenir). L'accès au mariage est devenu le prétexte à un règlement du "comment vivre? Comment a-t-on le droit de vivre? A-t-on même le droit de vivre d'une manière alternative?".

Les Antis, pour les nommer rapidement, ont donc mis sur la gueule aux Pros. Baston. Pour régler l'histoire. Discussion? Point. 

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Dimanche, le lendemain donc, avaient lieu (devrais-je dire depuis dimanche ont lieu, puisque rien n'est terminé à l'heure qu'il est?) les élections pour la présidence de l'UMP (le parti d'opposition à l'actuel gouvernement- pour les lecteurs étrangers- à qui je passe d'ailleurs un chaleureux bonjour). Comme à chaque élection, et pas seulement celles d'état (ça camphre de façon identique quand il s'agit d'élire quelque candidat que ce soit, d'accord), la campagne a été éprouvante, ici l'enjeu était de taille (choisir le chef de file de la deuxième force du pays), et nos deux finalistes, admettons-le, devaient être aussi épuisés que tendus. Dans l'attente des résultats. Quoi de plus normal.. Alors que le dépouillement des bulletins de vote n'avait pas abouti, alors que certains bureaux continuaient de comptabiliser les voix (dont des bureaux à haute tension, au vu de leur poids électoral), me voici pas le candidat que nous appelerons candidat C, ne voilà pas que C grimpe à la tribune à 23h30, déclare sa victoire, remercie les militants, et embraye sur le travail qu'il y aura à fournir blablabla...

Et c'est à ce moment précis que j'ai entendu le ressort lâcher dans mon cerveau. Peu importe (réellement) mes opinions politiques, peu importe quel fût mon choix, si j'en avais eu un à faire, ç'aurait pu être mon père, j'aurais eu le même spasme viscéral. J'ai été OUTRÉE. Qui, dans une démocratie, qui peut se permettre de se substituer à des règles, à tout le moins des us et coutumes vieux de décennies, qui peut se permettre de passer outre les usages de la république en matière d'élections? Quel pays, quel parti, qui accepte que l'on se proclame chef, sans attendre que soit terminée la procédure? Plus grave, gravissime selon moi: quel exemple donne-t on aux jeunes générations qui observent la vie politique, lorsqu'on joue des coudes, qu'on se jette sur un trophée sans savoir si on a gagné la course? Dans le domaine du sport, ce type d'action serait déjà condamnable. Dans la chose publique, dans l'exercice des fonctions d'état, alors, n'est ce pas un acte bassement cavalier? Lamentable, déroutant, déplorable, pouvait-on lire jusque dans les premiers rangs du parti.

J'ai honte, terriblement honte, que dans mon pays que j'aime, dont j'ai aimé l'histoire, lente, progressive, se nourrissant de ses richesses, dans ce pays que l'on taxe de pays des droits de l'homme, honte que la seule loi qui semble prendre le pas soit celle du plus fort. Pas du plus fort au sens intellectuel du terme, non. Juste plus enclin à cogner. Comme feraient des animaux, qui ont au moins cette excuse de ne pas maîtriser le langage, ni l'art de la controverse. Ceci n'existe plus dans mon pays.

En ce sens ces deux actus se ressemblent. Ces deux fois, quelqu'un, ou quelques uns, ont choisi de s'imposer par la force. Ont tapé sans attendre. N'ont pas souhaité discuter. Il n'y a plus de convention, il n'y a plus de gêne: "t'es pas d'accord? Je t'emmerde, mon idée vaut plus que la tienne, un point c'est tout". Un domaine sans foi, ni loi.  Quel est ce pays en train de basculer, où personne n'écoute, où la haine, la violence (violence des gestes, violence des faits, violence des manières) surpassent notre capacité à délibérer? Il faudrait faire le deuil de la tolérance? De la diplomatie, de la courtoisie? Oublier la bonne forme des choses?

 

Cette série d'interrogation me perturbe vraiment.  Profondément. Liberté, égalité, fraternité qu'ils disaient...