J'écoute la radio, et je tombe il y a déjà un moment (définitivement pas au jus de la tendance) sur un morceau de toute évidence by Madonna.

Au bout de trente secondes je me retrouve en train de me secouer dans tous les sens (sur ma chaise, pour cause de câble trop court), avec l'envie de monter le son et de faire la folle (ce que je fais, sur ma chaise toujours).

Je pense à tout ce qu'on peut lire (et penser) sur une Dame a priori plus proche de l'âge de la retraite que de grimper en culotte haute et talons de 12 sur le comptoir d'un bar. Sur le fait que cette façon de s'accrocher -à une gloire qui finira forcément par décliner- est un peu fâcheux et pourrait donner à froncer un sourcil...Est ce difficile de passer le relai, de ne plus être cette icone mondiale et de laisser tomber le rideau lorsqu'on est à soi seule la valeur absolue de la Diva?

Flashback. J'ai huit ans, j'ai une radio: Into the groove déferle sur les ondes et je saute dans tous les coins de ma chambre, sur cette pop que je trouve magique, c'est le début d'un crush qui s'arrêtera..jamais?

Qu'on me traduise les paroles pour m'expliquer à quel point c'est nul n'a aucun, aucun effet sur moi....Papa don't preach.. J'ai juste envie de rentrer en sixième pour vite apprendre l'anglais et pouvoir chanter à tue tête par dessus la choré. Cindy Lauper avait déjà causé de grands mouvements dans ma conception de l'esthétique (à six-sept ans, on est poreux..), je trouve Madonna hyper bien habillée.

J'ai 12 ans, et maintenant que je peux à peu près écrire la plupart des mots qui tombent dans mes oreilles, sort Express yourself, sans doute l'un de ceux que j'ai le plus écouté, à mes yeux une pépite dance qui continue de me plaire plus de vingt ans après. J'aime cette femme qui dit qu'il faut s'exprimer et sortir de sa coquille, (=tout le monde en dit que c'est une pute), je me fais des palmiers (forcément), j'ai les ongles verts fluos (forcément), et j'ai des créoles (forcément). En 5ème, je me fais punir pour avoir répondu ("je ne vois pas le rapport avec mon travail en classe", j'en ai un souvenir très net) à une remplaçante de français qui me demandais si c'était utile de venir en classe avec un look (elle n'a pas dit look) pareil (= typique 90's). Totale rebelle, donc, je réponds. Totalement Express Yourself... Elle a des mots sur son carnet de liaison, Madonna?

Je grandis et miss Ciccone continue de sortir des albums, dont jamais je n'arrive à me dire qu'ils sont ratés, qu'ils ne fonctionnent pas. De loin en loin, parce que mes oreilles ont besoin d'autre chose, j'éprouve toujours du plaisir à entendre sa voix, son groove et ses clips, souvent très beaux parce qu'elle s'entoure des meilleurs.

Madonna, ce n'est pas une soeur, ni une mère (whaaaaaa pitié, surtout pas), ni le profil d'une girl next door. Elle est de celles dont personne ne viendra déboulonner la statue, image iconique d'un succès entretenu et prolongé certainement au delà de ce que la décence imposerait.

Comme Vanessa Paradis, je la classe à part, rayon "Intouchable", dans un endroit dénué de toute impartialité, nulle objectivité ici. Qu'elle soit fourrée au botox, qu'elle achète ses enfants, qu'elle ait des caprices de diva, cela n'a aucun impact sur l'artiste qui a su perdurer dans un monde aussi changeant, c'est un modèle, j'irais même jusqu'à penser que c'est un repère, Celle à qui l'on se réfèrera encore dans trente ans, en terme d'image et de carrière. Arriviste, ambitieuse, pugnace, elle est ce que les golden eighties ont généré de meilleur, une vitrine de la self-made attitude, qui s'est enraciné, a donné des fruits, et continue de fleurir.

 

 

 

Madonna Image site Madonna.