Je viens de regarder un post de Garance Doré, sur un article qu'elle a lu dans le vogue u.s, au sujet de l'alimentation et des dérives chez les teenagers, sur l'alimentation de nous, les grandes filles, sur le rapport à ce qu'on mange..Rapport un peu alarmant, mais elle a vraiment raison.

Ce sujet m'a fait songer qu'on ne sera jamais plus tranquille dans notre relation à la nourriture, maintenant que la minceur, voire la maigreur, voire la maigreur extrême sont passées par les médias, depuis qu'on a vu des images, retouchées ou non, de top modèles au physique hors norme devenues des normes, justement. Depuis, en somme, que le standard à perdu un cran de ceinture et que la taille double zéro  est devenue un objectif pour tellement de filles... Et tellement de garçons, Karl ayant lui même succombé aux sirènes du low-weight pour se glisser dans les superbes silhouettes Slimanesques, et prononcé des choses telles que "quand j'ai faim, je mange une tartine, je la mâche mais je ne l'avale pas, je la crache" (in Elle, au début de son spectaculaire régime). Waa. Peur, non?

Les spécimens arborant des rondeurs ne sont pas exactement légion dans les médias en général: être mince, c'est joli, mais c'est aussi une manière de montrer qu'on a 1) un certain standing  ("Never too thin, never too rich") 2) un véritable contrôle sur soi. On cite volontiers Scarlett Johansson, J.Lo, Shakira comme étendards de la féminité pulpeuse. Avec de telles bombes, on n'est pas exactement dans la surcharge pondérale non plus, et ce type d'exemple n'est certainement pas un élément pacificateur pour les vraies grosses. La célébrité ôte bien des complexes, et gomme la plupart des problèmes liés au surpoids: il est bien plus simple de faire du sport avec un coach perso, de préférence très pointu, et de se laisser cuisiner des plats diététiquement corrects que de se faire force chez soi...

Même la politique est "touchée": Hollande aurait perdu du poids pour être en meilleure santé? Il  y a également l'impact de l'image que l'on renvoie à son électorat. "Je peux y arriver, j'ai de la volonté, dans mon assiette, et pour l'assiette fiscale". Ce sérail n'a plus exactement les mêmes reliefs, les femmes minces incarnent une nouvelle garde aux formes totalement cohérentes avec la mode.

J'ai vu des adolescentes tout à fait minces tomber dans le piège de l'anorexie. Des petites filles de dix, onze ans qui ne veulent plus de pains au chocolat. Des gars de 17 qui au printemps passent aux protéines pures. Des minettes qui à la plage ont demandé au vendeur de pralines s'il n'avait pas plutôt des fruits (Ok, sur la côte d'azur, tout le monde est dingue, ok, les pralines c'est pas un cadeau pour l'organisme, mais quand même...).

J'ai des copines, des collègues complètement flippées par leur poids et par ce qu'elles avalent.

L'une d'elles m'a confié, il n'y a pas longtemps, ne même plus connaître le plaisir de se nourrir, les aliments étant devenus des ennemis potentiels, il y a les bons, et les pas bons, et elle n'a plus la sensation de bonheur (genre mhhhhmmm un macaron, c'estbonc'estbonc'estbon!) lorsqu'elle ingère quelque chose. Tout est -affreusement- rationalisé, hiérarchisé, elle prévoit tous les écarts et les prévient par des diètes ou un éventail large -et flippant- de contre attaques. Elle ne mange plus qu'un programme, en fait.Ses repas doivent être bénéfiques sur le plan sanitaire (d'accord), selon des impératifs stricts (déjà moins d'accord), et exit toute présence de spontanéité (plus d'acc du tout).

Très controle-freak US, où il n'y a pas cette tradition culinaire et sensorielle que nous avons en France. 

L'ambiance dans les restaus est vraiment moins détendue qu'avant... J'ai eu l'occasion de déjeuner seule en terrasse (pour un job et je n'étais pas accompagnée. J'avais clairement dans l'idée de "manger un truc bon", as usual, je fonctionne ainsi, j'ai beaucoup de chance d'avoir un métabolisme hyper conciliant), et à la table à côté de moi, deux quadras lambda déjeunaient aussi. J'ai entendu des trucs qui perso me font super peur, comme je mets de l'eau dans mes vinaigrette. Ou: je mange du fromage le matin. J'ai arrêté le riz, c'est trop glucidique. Arrrrrrrghhhhhhhhh, non??

Moi, ça me terrorise. J'ai zappé des amitiés avec des filles obnubilées par leurs calories, leur régime et leurs fixettes. Des filles qui me prenaient trop le chou avec leurs conneries de protéines h24 pour perdre un demi kilo (je parle pas des vrais gros, qui eux ont un vrai problème et donc un vrai motif pour se montrer tatillons..). Des nénettes qui très sincèrement ne comprenaient pas qu'on puisse aimer les légumes autrement que par obligation.

On est toujours un peu complexé, c'est vrai, mais la culture des repas conviviaux comme moment de partage et de satisfaction des papilles est en perte de vitesse. Sans compter les diktats tyranniques ("Quoiii?? Tu ne prépares pas ton gomasio toi même?? T'es une conne, alors!!")

 Dans les pays sous alimentés, il n'y a pas de ces caprices, de ces dérèglements, qui vont de pair à mon sens, avec une société hyper consommatrice où les gens ont perdu de vue ce qui était à la fois vital et agréable (se nourrir) pour en faire quelque chose de compliqué, de socialement révélateur, bref un truc totalement prise de tête. D'un excès à l'autre...

 

photo(60) From Magnolia Bakery.......