J'ai accompagné mes élèves au cinéma aujourd'hui. (Bonne manière de reprendre le boulot, I know).

Pour voir "the Iron Lady" ("c'est la suite de Iron Man??", A., Terminale économie, 17 ans, même pas pour rire).

Je n'ai pas du tout apprécié le traitement offert à Lady M.T, notre virago européenne grand teint, auteur de désastres sociaux et humains bien plus lourds que ce biopic bien-pensant laisse deviner.

Que voit-on? On voit une femme (oui, Meryl Streep joue très bien. On le sait. Ça me gonfle), qui ne veut pas sic "rester recluse dans sa cuisine et mourir en nettoyant une tasse de thé". On voit une femme à l'ambition solide et constante, à l'obstination butée et au tempérament de feu, devenir vieille et diluer dans ses derniers whiskys bus de manière consciente les souvenirs de son ascension vers le plus haut poste populaire (prime minister) de cette belle nation d'Angleterre.

Bon, on parle bien un peu des Malouines, on montre bien ici et là quelques images de la répression contre les ouvriers grévistes, les partisans de l'IRA sont légèrement évoqués aussi (c'est le minimum puisque c'est d'eux que vient son surnom de dame de fer). Mais je trouve que tout ça sent un peu le thé à la rose, voire flirte avec le brûlot féministe (ouh, lala, comme c'est difficile d'être une femme dans un gouvernement et une société si fermement masculine, ouh, lala, comme il est difficile de pénétrer les cercles du pouvoir quand on a juste un diplôme d'Oxford et de bonnes -?- idées en matière de libéralisme sauvage, ouh, lala, qu'ils sont méchants les irlandais).

Pas vraiment un état critique de ce que le pays a été profondément ravagé et l'industrie flinguée par les coups de sabre de Lady M.

Je me mets à la place de mes élèves -dont je sais que très peu connaissent suffisamment de détails sur l'histoire de la Grande Bretagne pour se faire une opinion objective de ce film-, et je pense qu'il est facile de tomber dans le panneau de la carreer woman qui n'a pas eu de chance dans la conduite de sa politique. Limite je me dis que d'ici dix ans, ce biopic pourrait bien faire office de résumé de la vie de M.T, diable en oripeaux de femme, et cela me semble réducteur comme vision. (Bien sûr, ma collègue d'anglais avait d'ores et déjà songé à explorer plus avant l'histoire des années 70, le contexte et les retombées, songé à compléter ces images par une leçon de choses vécues et attestées historiquement, donc dans mon lot d'élèves, tous n'auront pas cette vision light de la réforme à l'anglaise, mais bon...).

Un film que pour ma part, je ne recommande pas, puisque pas assez fouillé, pas vraiment fiable. Ok, très bien joué (ça me gonfle), mais gare à cette sorte de révisionnisme latent et insidieux. Pour ceux qui connaissent le sujet, guère de danger. Pour les autres, voire pour les ados qui verraient dans ce film l'occasion d'en connaitre un rayon, bof...