Est-ce que vous avez comme moi cette fâcheuse tendance à vouloir pour vous quelque chose qui est joli sur d'autres?

Par exemple, en voyant telle nana avec une frange: "tiens, sur moi ça ferait super vraiment encore plus beau, tiens, je vais m'en couper une tranche, de frange".

Quand on possède, par exemple, une chevelure gorgeous, dense et bouclée, on la veut encore plus, la frange plus raide que la plus raide de toutes tes copines. On s'imagine que pffff, le brush c'est deux plus trois fois rien, si on n'en fait jamais, c'est juste qu'on préférait les boucles, nature peinture, mais là, whaou, on la veut cette frange, onlaveutonlaveutonlaveut, on va bien-bien se lâcher au niveau capillaire, allez, c'est décidé: transformation-party à l'étage cheveu.

Alors on se rend chez le coiffeur, on dit "Bonjour Madame, ah pardon, Monsieur -oui, il a vraiment de très fines jambes, alors on a le droit et le devoir d'être mesquine, 3 secondes-, je voudrais une frange, bien lourde, bien raide. Oui, ambiance Crazy horse, exacte-ment".

Soit le coiffeur refuse, rapport à la nature exubérante de notre poil de tête (donc, c'est quelqu'un de professionnel - chiant parce qu'il ne se plie pas à toutes les volontés insensées mais pro-fes-sion-nel-), soit il répond "Oui, c'est tout à fait tendance, ma chéééééérie", et là, haaaaaaaaaaaaaaro sur le bonnet, dans deux heures ça se termine par un massacre aux couteaux crantés,  ce avec l'accord et sur la demande expresse de la cliente bête à manger du foin (=nous, aujourd'hui).

En sortant, fatalement, on est belle. Vaut mieux, cela dit, parce qu'on a vraiment chaud au cuir chevelu (quarante minutes de brushing à 950W, à un centimètre de la racine "pour bien fixer"), et du mal à regarder loin, rapport à "une frange lourde, à mi yeux". C'était ça que portait la fille-qui-nous-a-donné-envie. Elle faisait pas sa bégueule qui n'y voit rien, alors nous: pareil.

Cool. On est belle. Tout pile comme une danseuse du Crazy, tellement lissée qu'une fourmi tirerait tout droit de la racine à la pointe sans tourner la tête. Genre: sur l'autoroute de ma chevelure, continuez cent kilomètres sans changer de voie.

Lendemain: bien fixed, un peu plus sauvage que la veille, on commence à balancer sa frange un peu sur le coté ('voit plus rien, et pis au boulot ils n'ont pas l’œil, ne connaissent rien à la hype, donc bon, qu'est ce que ça peut foutre qu'on ait la frange en "maître d'hôtel", hein?...). Fou ce lissage, diiiingue ce que c'est doux, et raide, et raide, et doux. Du coup on passe une plombe (plutôt six) à se tripoter les mèches, à jouer avec, du coup c'est shampooing obligé le soir même, tellement que dingue-doux-gras, à force.

Alors que se passe-t-il, après la douche?

Il se passe que Nature Folle du cheveu Raidi a rencontré Mémoire de l'Eau, et qu'elles se sont bien entendues sur une chose: on ne change pas un bulbe. S'il est programmé pour tourbillonner, il est vain d'essayer le conditionner en baguette chinoise. Il veut pas, le bulbe. Il peut pas oublier toutes ces années de folie capillaire, il veut redevenir cet indépendantiste contestataire, et briser son étau de contention.  Il veut retrouver sa liberté perdue comme un cheval sauvage.

(On s'approche un peu du crin, vu le traitement qu'on lui a infligé).

La frange, elle est plus crazy du tout. Ou plutôt crazy option folle à lier. Elle rebique, normal vu que c'est une boucle qu'on a empêché de tourner en rond, n'oublions pas.

Le reste des cheveux a recouvert sa santé, sa fougue et sa matière d'avant, genre dans tous les sens, genre par dessus bord, genre: "vas-y, essaie un peu de me re-brushinguer, juste pour voir".

 

Vous pouvez vous interroger, Roger, sur ce qui m'a poussée à écrire ce post, moi qui ai le cheveu raide comme un groom du Meurice, et qui n'ai aucun problème de frange. En toute honnêteté, j'ai juste commis exactement le contraire. Mais je me sens beaucoup moins conne en inversant la situation.

Mon souci, ça a été cette envie subite d'ondulation. Comme Freja (tout le monde veut la même coupe que Freja, mais moi plus que les autres, et comme une buse j'ai pensé qu'à Moi, ça irait, vu que tout le reste d'Elle et de Moi est exactement identique surtout la longueur des jambes).

Je vous épargne la séance de frisage home-made & rudimentaire, avec entortillonnage de cheveux mouillés bienserrébienserré (voui, comme quand on a cinq ans, j'en ai 17, ça pouvait presque passer), nuit (inconfortable) dessus, réveil ronchon parce que mal aux cheveux (même pas parce que: bourrée).

Puis dénouement de la salade capillaire. Cris stridents (Moi, ma Mousse de Cheveux Mouton de Mongolie à 90° au dessus du sol). Hurlements de rire (Poupoune et Époux, ingraaaaaaaaaaaaaats).

 

Donc dorénavant, avant de passer à l'acte, penser à mesurer les conséquences ET le temps dont on dispose pour rectification.

 

Curvy (2)