Finalement, je crois que je vais raconter un peu. Traumatisée, je suis.

Postulat: ont lieu les Assises des quartiers, dans le cadre Politiques de la ville. J'en profite pour saluer l'engagement des personnels, des riverains, mais aussi le dynamisme des associations qui mènent...Oula, calmos, t'es pas encore conseillère municipale, Bibi.

Les assises de quartier, donc, c'est une grande connivence grégaire dans un lieu chicos (= gymnase), où l'on vient débattre tous ensemble de ce que nous souhaitons pour nous, pour la ville, pour aujourd'hui et pour demain. Discuter les projets et les chantiers, au plus près de ceux qui font vivre la cité. (Toujours pas conseillère etc...)

Que diable fous-je ici? Époux, ce saint homme, m'a envoyé en délégation, parce que lui même est en train de taper la cloche avec les huiles à la Préfecture de Nice, autres lieux, autres mœurs (plus hype). Missionnée par lui, donc,(je suis: le vinaigre dans la salade municipale) pour prendre part à ce débat, où dit-il, il est bon d'entendre le chœur des citoyens résonner de concert vers un monde plus humain. Je vous jure, je l'aime mon Époux, parce qu'il y croit à fond. Il connaît le cœur des hommes mais il a un espoir merveilleux en l'intelligence et en leur capacité à construire et à œuvrer communément. Il a la foi en la chose publique, je vous jure que c'est beau des idéalistes comme ça. 

Moi? J'y crois plus. Enfin, moyen.

Démonstration, et cela sans plaisanter, ni grossir le trait:

"-L'épicerie de nuit, pardonnez moi l'expression M. l'adjoint, c'est du n'importe quoi. Au lieu de vendre du lait et des petits pois pour dépanner comme ça se faisait avant (aux belles heures de la Stasi?), c'est un lieu de transaction de chitte, c'est illégal, qu'attend la mairie pour prévenir la  milice, pardon, la police municipale? (Opter pour le dialogue. Éventuellement, penser à prévenir soi-même la PM.)

-J'habite au X de la rue Y, vous savez, la rue qui n'était jamais nettoyée avant? Elle est très bien nettoyée maintenant, le problème c'est que je me suis levé tôt toute ma vie pour travailler, moi, Monsieur l'adjoint, alors ma question: est -il possible de décaler l'heure de passage de la nettoyeuse? (bien sûr, t'as qu'à téléphoner quand tu veux, la voirie attend ton signal) Ou sinon, j'ai une autre idée: ne pas nettoyer les rues, elles sont propres, mais juste les caniveaux, qui eux, sont sales; ainsi le bruit durerait moins longtemps. (Ça tombe bien, on a du personnel qui peut enlever les crottes et les feuilles mortes à la pince à épiler et au pinceau).

-Bonjour, je voudrais savoir si la villa sise au n°XX de la rue YY où vit un ressortissant espagnol (de vrais malades, ils filent l'adresse) est en conformité? Non parce que dans la rue, ça choque, la maison est vraiment trop moderne, on dirait un bunker et franchement M. l'adjoint, vous trouvez que ça va avec le reste? (la résidence pour personnes âgées de sept étages, en revanche, ça te choque pas ça...).

-Y'a t-il une possibilité de raser la maison n°XX, rue YX, c'est un squouatte de roumains. Avant c'était les roumanichels (??) maintenant ce sont des gens d'ailleurs (de la rue ABC? Ailleurs qu'en Roumanichelie?) qui vont à l'épicerie de nuit pour causer les nuisances dont le monsieur parlait tout à l'heure. Raser, mais bien sûr, il y a un service -avec une hot-line- dédié au rasage de maisons qui polluent ton paysage.

-Serait-il possible de faire quelque chose pour les deux jardinières situées en regard du n°30 de la rue BV? Les plantes, si on peut encore les nommer ainsi, sont pour le moins faméliques (Adrien F., association des verbeux-cruciverbistes).

-Bonjour, Moktar G., je voudrais juste dire que le parc de l'ilôt JKL, qui était un lieu où les jeunes pouvaient se rencontrer et s'amuser sans gêner personne est devenu un crottoir où tout le monde emmène les chiens cag***. Est-il possible d'envisager s'il vous plait de construire des lieux destinés aux déjections canines en dehors de ce périmètre? (M., éducateur sportif, trente ans de combat pour le civisme dans les quartiers chauds).

-Benoît F., j'ai un chien, je suis en France depuis toujours et je suis scandalisé par les propos qui viennent d'être tenus, nous sommes déterminés, Monsieur l'adjoint, à donner un espace de vie convenable à nos animaux de compagnie qui sont souvent des compagnons depuis 20 ans. (Benoît F., du collectif "oui à la socca, non au kebab"*) "

BON BEN ON VA ARRÊTER D’ÉCOUTER ET SE REGARDER LES PIEDS, HEIN? (J'ai mis mes Church's, elles sont bêêêlles).

J'ai remballé la question pour laquelle j'étais venue (Comment traiter les bassins du square -mon voisin- contre les moustiques sans gazer les enfants qui y jouent?), je n'étais de toutes manières pas très chaude pour la poser en public devant cent dix personnes, car gros degré d'exposition (Époux et moi ne sommes malheureusement pas totalement insignifiants publiquement), petite envie d'avoir l'air con, et envie nulle de m'assimiler à ce qui n'est finalemnt plus du tout un débat citoyen, mais un combat de rues.

La décision de grimper dans le bateau électoral pour les prochaines municipales, qui commençait à prendre forme dans mon esprit depuis quelques temps, s'est détériorée à vitesse grand V. Ma ville a 193 ans de moyenne d'âge. Il n'y a pas de mamies gâteau (toutes au "sans sucre ni beurre") ni de papi gâteux (ne pensent qu'à draguer à la sortie des écoles, 77 ans au compteur, no complexe). A-t-on réellement envie de se bouger pour ce genre de querelles? Ai-je envie de porter le drapeau de ces idées là? Assurément, non. J'ai la vocation éventuellement, mais encore trop de déceptions quand à la nature humaine dans ma cité.

* Pas dans ma ville, mais dans la ville voisine, ce collectif existe. C'est effarant, mais il faut que cela se sache.