Au début je pensais poster sur le mien en particulier, puis il m'est revenu que 1) Époux refuse que je publie quoique ce soit le concernant. 2) c'est le mien à moi que j'ai, décrété par la représentante de l'Etat en date du 5 juillet 2001, et je n'aimerais pas qu'on me dérobe mon privilège à observer ce fabuleux objet de sociologie (Époux est fascinant, il ne rentrera jamais dans aucune statistique) 3) des hommes, y'en a tout plein, Grand Puissant nous ayant généreusement doté d'yeux au nombre ingénieux de deux (un pour couver du regard notre homme, l'autre pour embrasser l'homminité toute entière).

Je disserterai dès lors sur le sujet général: LE GARCON.

-Celui que tu vois dans les médias: comme Mister France, la blancheur de ses dents fait de l'ombre à la neige, voire de l'ombre à la lune; il est musclé par delà les convenances, et propre comme un sou tellement neuf qu'il te fait douter de la propreté de tes mains après une friction hydroalcoolique. Il ne luit pas, il shine. Il s'appelle Donovan (Donovan, Denis, Régis Triboulet). Il habite encore à Nevers mais pas pour très longtemps, lui voit son avenir à Maillami, parce qu'il a des projets plein les yeux, des envies plein les valises, des valises plein le coffre. Tu en veux cinq minutes (le temps de pavaner au pub) mais en rentrant tu n'oublies pas de le dégonfler et de le ranger dans sa boîte. Car cette pétasse te torpille ton démaquillant quand tu as le dos tourné.

-Le minet: peut être un ado (grosse tendance depuis deux ans), peut être un homo, sûrement un citadin. A force de dîner d'eau et d'algues, il pèse moins que tes 46 kilos, te choure ton froc en se plaignant qu'il baille aux fesses (normal, tu as des fesses de femme, pas de fillette ndrl). Il ne supporte que les mi bas en fil d'Ecosse, endosse des chemises où tu aurais grand mal à faire entrer ton demi 85A, et y expose deux ravissants poils torsaux prêtant au ricanement. Le minet est plein de morgue, surfant sur la crête de la hype en conspuant la mode du matin, à peine 12 heures sonnées. Il portera un tee-shirt Vivagel le jour où il coûtera 100 euros chez Polette, d'ailleurs, sur le macadam parisien, il fusille ses espadrilles, qui n'ont jamais connu le terrain de pétanque de Cassis-Carnoux.

-Le vieux splendide, le skateur rayonnant, le dreadlocké aux yeux couleur de miel: visibles essentiellement sur le site de Scott Schuman (the Sartorialist). On ne peut les croiser QUE sur le web. Ou dans ses rêves. Ou le jour où l'on a jugé opportun de se faire un masque capillaire au saindoux avant d'aller chercher le pain ("Rhôôô, la boulangerie est au pied de l'immeuble, qui veux-tu que je croise?"  Tu as la réponse, maintenant.)

-L'étranger impossible: ne parle pas ta langue (mais reste open, et fait quand même ses petites affaires grâce à la sienne). Ne maîtrise pas ta culture (ie te propose de jouer au rami alors que tu exécutes le grand écart toute nue devant un feu de cheminée, te pelote pendant que tu pleures au téléphone avec ta meilleure amie). L'italien te présentera son cercle intime (les quatorze femmes de sa famille) à la moindre pipe amicale. Le danois te présentera deux collègues de bureau, ses dix potes t'attendant dans la chambre, à poil dans l'immense lit sensé abriter une partie de sympathie scandinave, alors que tu étais venue lui rapporter un bouquin. L'islandais t'attaque le ventre au pic à glace avec l'espoir d'y trouver du poisson. Dur à inscrire dans la durée, on s'entendra là dessus.

-L'erreur de feeling: tu pensais qu'il adorait les gosses, il est pédophile. Il semblait bien un peu passionné, il est nazi. Tu admirais ses manières délicates, il a voté Balladur en 95. Il ressemblait à quelqu'un, tu ne savais plus qui..et non seulement ça te revient, mais c'est bien lui: Roland Magdane. Tu adores sa voix vibrante, il va hurler "c'est ma prièhèreu" dans le premier micro qui se présentera. Toi t'as pas tourné la première impression sept fois dans ta tête..

-L'erreur de timing: tu es ravagée par le coup de foudre (au sortir de la mairie, où en l'absence d'objection, tu as dit oui). C'est le fils de ta collègue de bureau (il a 19 ans, toi 42, tu achèteras son silence contre un pack d'energy drink, après une nuit "démente" pour lui, humiliante pour toi surtout après la déclaration "c'est trop le feu avec une femme (plus) vieille"). C'est le pote à ton père (qui ne t'a jamais dit qu'il portait une moumoute, ça te fait bizarre de te réveiller à coté d'un verre à dents et d'une tête à chapeaux. Enfin, à moumoute)

Comme quoi. On est si bien parfois avec sa solitude. Ou son objet de fascination, en ce qui me concerne.