photo(12)Septembre, mois magique. Inscriptions, photomaton, récréation, c'est fastoche: tout tourne autour des enfants. Le mois où tu oublierais presque que tu es un être à part entière, s'il n'y avait, au moment où tu es déjà pas mal chargé en termes de rendez-vous -pas mal chargé tout court, d'ailleurs- ce fabuleux moment de connivence adulte, cette merveille qu'est: La réunion de parents d'élèves. Poupoune est rentré en classe (ce matin là, avec les copines on s'est serré bien fort les unes contre les autres, émues, "maiiis comment en est on arrivé làààà (CM1), c'est rien que des petits Poupoune, hier ils étaient en maaaaaternelle, mais comment se fait-ai-ce ??" / le soir on se fait jeter par nos rejetons respectifs irrespectueux "Arrête de me coller la honte à pleurnicher quand je monte en classe. La mère à Machin (Machin c'est le copain de Poupoune) a pleuré MOINS que toi").

A 16h30, heure à laquelle se libérer est tout à fait envisageable pour ceux qui ne bossent pas en milieu scolaire -le monde entier-, heure à laquelle il est, pfffffiou, trop facile de se garer aux alentours d'une école, nous voilà tous assis dans la salle de classe. Qu'est ce qu'on est bien installé chez les schtroumphs, avec les genoux qui touchent le menton et cinq centimètres carrés pour prendre des notes! La maîtresse commence à peine sa présentation que ça démarre.

Je ne sais pas si c'est plus criant dans l'enseignement privé, mais on se croirait au dernier tour du concours pour intégrer Centrale: ça compte les points, férocement: et que je regarde le marque place dessiné par ton gosse (le mien cette année, s'est bien bien illustré, cf photo, je me suis marrée comme une folle mais mes voisines m'ont scrutée avec disons, commisération, condescendance.. pitié?), et que je déroule par le menu des vacances très cultivées "Léo a passé l'été à visiter les musées avec moi. C'est incroyable d'être sensible à l'art si jeune. Il adore Rothko et Soulages, tu vois". Ah. Moi, mon Poupoune rote et se soulage aussi, en hurlant à plein poumons "Buuuuuuuut!!!!! Je vous ai tous niquéééééééés!!". Comme quoi, à cet âge, on a bien des points communs!

Pendant que la maîtresse évoque la durée des devoirs, "une demie-heure, allez, au maximum trois quarts d'heure", un doigt se lève "Mais s'il ne met que cinq minutes, est-ce grave?" demande une maman bien décidée à nous rapeller qu'elle maîtrise l'inversion sujet-verbe "il est tellement demandeur, peut-il faire plus d'exercices?". Pose-je ce genre de question? M'interroge-je sur ce genre d'évidence? Crâne-je parce que le mien fait ses devoirs en ZERO minute? (et pan, dans les dents!)

Je note que 1) personne ne soulève le problème du nombre aberrant de chèques qu'on nous demande. 2) personne n'en conteste non plus la légitimité, 30euros pour un cahier de musique -deux CD de la Callas- qui servira finalement à écrire les paroles d'Yves Duteil, arrêtez moi si je me trompe, mais...? 3) personne n'objecte sur le poids honteux des cartables qui, a vue de bras, pèsent presque une demie maman Cannoise (avec le paréo, mais sans les bijoux). 4) En fait personne n'écoute réellement. Le papa de Victor essaie juste de poser plus de questions que la maman de Victor, syndrôme "séparés, certes, mais en toute intelligence", inutile de dire, ambiance de merde, c'est la guerre ouverte:

-Est ce qu'un enfant qui oublie sa tenue de sport chez l'Autre parent est puni quand même?

-Est ce qu'un enfant qui est gardé le mercredi par l'Autre parent doit aller obligatoirement au soutien ce jour là, sachant que c'est le seul jour de la semaine où il la voit une journée entière? (Indice: dans cette proposition, l'Autre parent est une femme).

La maman de Matthieu lorgne sur la superbe calligraphie de la petite d'à côté, pendant que la mère de la calligraphe superbe lorgne sur la taille du sac à main de la maman de Kelly, le grande conne blonde, tout devant ("Pu****, c'est un Crada..la vache... ça c'est de la prestation compensatoire"). Le papa de Vincent, mathématicien dans l'enseignement supérieur (qui a demandé ce détail déjà? Ah oui: personne) voudrait savoir s'il y a au programme la division décimale ("si mal, qu'est ce qui est si mal? J'ai pas entendu"-la maman de Kelly est larguée).

Moi, j'ai mentalement préparé le dîner de ce soir, passé en revue mes dix ongles des mains (bienbien, sauf le petit de la main gauche, bizarre, j'm'en sers pas souvent pourtant), joué à essayer de glisser mon gros orteil sous la lanière de ma tropézienne sans toucher la semelle, lorsqu'arrive le fatidique "Plus de question?".

On se lève tous en rang d'oignons, avec un peu envie de courir quand même, mais on se tient, hein, avant de filer lâchement "je dois libérer la babysitter/ prendre le petit à la crèche avant la fermeture/ j'ai peur de prendre un P.V / eu ma dose"..ah non ça non, on ne le dit pas.

Bilan: la réunion de parents, c'est la cour de l'école, ses rapports matures mi fayotage, mi rebellitude. C'est comme entre nos enfants. Mais en moins mignon. En pathétique, quoi.