talonsLes défilés automne/hiver que j'ai visionné mollement au fond de mon canapé ne sont pas venus contredire cet état de choses: le talon (même aiguillissime, même himalayesque, même moche et a priori importable) est vraiment  un basique de la garde robe féminine. Si l'objet est de toute beauté, s'il étire la gambette (surtout celle de Julia Roberts) au delà de l'entendement, et la rend encore plus longue qu'un jour sans pain(/beurre/chocolat), s'il est vrai qu'il signe une allure follement classe, ce truc tellement  français, il ne fonctionne pas avec moi. J'ai deux petits soucis: moi, il ne m'allonge pas tant que ça (sauf par terre mais ça c'est mon souci numéro deux), parce qu'il me crée un nœud musculaire en haut des mollets (ouioui, j'ai du muscle là, ne me demandez pas pourquoi, ce n'est pas moi qui l'y ai mis), c'est beau le muscle, certes, mais le rendu s'éloigne de l'idéal de finesse et d'immensité jambaire que je brigue avec ces souliers là. On dirait: Cantona sur des pointes, c'est pas très joli. Enfin moyen joli.

Deuzio, et ça aussi c'est moyen, je ne SAIS PAS marcher avec. J'ai peur, j'ai le vertige, même sur sept ou huit riquiquis centimètres. J'ai la trouille et je manque d'équilibre (manque d'expérience diront les veinardes dotées d'un centre de gravité, moi il semblerait que je  n'en aie pas, ou alors dans le nœud du mollet sur lequel j'essayais de ne pas trop attirer le regard, faites comme si z'avez pas vu). Si je grimpe au delà d'une certaine hauteur (disons, un centimètre et demi), mes genoux n'en font qu'à leur rotule et mes chevilles jouent des castagnettes. C'est cruel, injuste, et ça annule radicalement toute légèreté dans la démarche, reconnaissons-le. Je fantasme absolument sur ces créatures capables de courir après un taxi en talons de douze, aux lanières aussi larges et confortables que de la ficelle à rôti...c'est tellement... whaaaaaaaa!!!!    Je ne parle même pas de mes lycéennes, à coup sûr nées avec des stilettos, qui maîtrisent autant le concept que l'attitude "belle talonnesque", sans cahoter des lombaires ni claudiquer de la cuisse. Inaccessible?illus_edited_1

Le cours de "porter de talon" me direz-vous? Le genre de session où on est sensée visionner le point imaginaire là bas au bout de la salle, accélérer petit à petit et oublier ce qu'on a aux pieds?  Par principe, c'est niet. Pas question de débourser l'équivalent d'une séance de Pilates pour offrir à l'assistance une séance de vautrage ridicule ( alors qu'au Pilates je peux me vautrer en toute utilité, et en chaussettes qui plus est). Parce que c'est ainsi que cela se terminera invariablement.

Mes extrémités ne sont juste pas faites pour se hisser si loin du plancher des vaches, et je reste la cliente rêvée de tous les autres revendeurs de ballerines, tongs, bottes motardes, derbies, mocassins à gland (nan, là je déconne).

Le plus ennuyeux, dans l'histoire, c'est tout de même la place que prennent ces objets de désir, fascinants de grâce et de design, que j'achète par attrait artistique (Masochisme? Fétichisme? J'y-crois-isme?). C'est pas parce que l'escarpin est hostile qu'il n'est pas à vendre, et que je n'ai pas le droit de le posséder.